Lettre au Major Jeannyck TRIBOUT
Cher camarade,
J’apprécie le courage et la détermination que vous avez démontrés pour faire éclater la vérité sur les circonstances dans lesquelles vous avez exécuté, sur demande du directeur d’un établissement scolaire et sur réquisition du Procureur de la République, la délicate mission d’intervenir sur des adolescents soupçonnés de posséder de la drogue.
Il est évident que, eut-elle été cent fois plus justifiée, votre action ne pouvait que provoquer l’ire du prof auquel vous avez eu affaire. Ce monsieur appartient à une corporation qui en a toujours voulu à l’Armée d’être, par sa seule existence, un barrage à ces mascarades soixante-huitardes dont il doit avoir la nostalgie, et dont la vanité l’a fait passer dans le camp des déçus d’une société qu’il a grandement contribué à pourrir. Entré à l’école en maternelle pour n’en sortir qu’à la retraite, les enseignants de cette espèce ont passé leur vie à ne s’être jamais trompés, à vivre dans le vase clos de leurs certitudes et en se considérant comme les « colonels-propriétaires » des enfants qu’on leur confie afin qu’ils en fassent des citoyens instruits et non pas des recrues pour les partis de gauche et d’extrême gauche.
Pollueurs de la jeunesse, adversaires des familles avec lesquelles ils sont obligés de partager l’influence sur les enfants, ils se sont fait une obligation d’attaquer les fondements de tout ce qui tient encore debout dans notre malheureux pays. D’abord et avant tout, il y a l’Armée que, sans risque, ils peuvent couvrir d’insanités : officiers arrogants purs produits de la bourgeoisie, sous-off portés sur la bouteille en ressassant le bon vieux temps des colonies, jeunes soldats et matelots exposés à tous les vices et les 10% de perte autorisés à une Armée école du crime, Avec et surtout, la torture en Algérie, racontée avec des larmes dans la voix à des classes souvent majoritairement maghrebines pour le cas où les élèves manqueraient de motifs pour aller brûler des voitures. Et puis, c’est si facile de témoigner du mépris à une Armée qui n’est pas autorisée à se défendre !
Bien entendu, dans ce corps enseignant, on se gargarise d’idées toutes faites : « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et le matin du grand jour est proche. Pour le moment on en est aux répétitions encore que, depuis Mai 68, on ait eu 40 ans pour se préparer. Alors en attendant on manifeste à tout propos et sans toujours savoir pourquoi tant est prioritaire la nécessité de coordonner jours de grève et jours de vacances. Mais au moins, quand on descend dans la rue, ce n’est pas pour rien. Défilés avec banderoles truffées de fautes d’orthographe, slogans débiles sur fond de tam-tam, concerts de casseroles et, surtout, l’inoubliable, le terrible, l’émouvant « tous ensemble ! tous ensemble ! tous ! tous ! » par lequel il faudra bien un jour remplacer cette Marseillaise qui ose parler de Patrie.
Le seul cas dont je me souvienne où j’ai vu des profs faire preuve d’une soudaine humilité, c’était à Beyrouth. Le point le plus dangereux de la ligne verte était le passage du musée. Un lycée dont les enseignants étaient presque tous des fonctionnaires français se trouvait côté chrétien mais, de nombreux profs étant logés en secteur musulman, il arrivait parfois que des échanges de coups de feu leur interdisent de traverser la ligne. Un jour où nos renseignements indiquaient une probabilité de combat, j’avais ordonné à mes hommes d’endosser leur gilet pare-balles et de coiffer leur casque blanc. Ces mesures de précautions eurent l’heur d’amuser un petit groupe de 3 profs. Nous dûmes avaler quelques moqueries : « Vous jouez à la guéguerre ? Regardez, nous nous sommes en chemisette ! » et d’autres traits d’esprit du même ordre. Les combats annoncés commencèrent vers midi et furent de courte durée, encore que, comme toujours, quelques tirs sporadiques se poursuivirent. J’étais en train de rendre compte de la situation au PC des Français quand un de mes Observateurs vint me prévenir que des enseignants demandaient à me voir et il me précisa : « C’est ceux qui nous ont emmerdés ce matin. ». Il se trouve que, pour des questions de propagation radio, je me tenais près de l’entrée du musée. Les motifs qui avaient justifié la courte bagarre s’étaient dissipés et il n’y avait plus le moindre risque. Je dis à mon sous-officier d’aller chercher les profs et de me les emmener. Une minute après il était de retour : « Ils ne veulent pas sortir à découvert ». Alors qu’ils aillent se faire f… :Je ne suis pas payé pour m’occuper de leur sécurité ». Je finis par regagner mon poste et je vis alors mes matamores tout obséquieux, tout aimables, m’expliquer que leurs femmes allaient s’inquiéter et qu’ils me suppliaient de leur faire traverser la ligne verte sous ma protection. J’acceptais pour m’en débarrasser mais j’estimais pouvoir m’offrir une petite revanche. » « Bon, leur dis-je, Mais je me sens responsable. Je ne vous fais escorter que si vous vous protégez : casque et gilet pare-balles ; Ils s’exécutèrent avec un zèle exemplaire. Je fis taire un de mes hommes qui, faisant allusion aux mœurs prêtées aux Druzes, prévint les profs : « Attention aux Druzes. Ils aiment bien les blondinets » ! Encadrée par les Observateurs, la petite troupe entreprit la traversée mais comme j’allais m’adresser au chef de la barricade d’en face, une bande de Druzes jaillit du musée et tira des rafales vers le ciel en poussant des cris de bête. En dix secondes, mes 3 protégés s’étaient jetés à plat ventre sous les lazzis des miliciens des deux camps et repartirent sans demander leur reste.
Aux dernières nouvelles, un instituteur d’une école de St Jean de Vedas (Hérault) vient d’écrire à Sarkozy pour l’informer qu’il refuserait d’appliquer les dispositions de la réforme en cours. En somme, le gars en question refuse d’obéir à celui qui le paye. Des sanctions étant annoncées, les collègues du réfractaire organisent tout de suite la réplique : manif, nuit d’occupation des locaux, intox des parents… ! Toute la panoplie des mesures de rétorsion ? Non ! Cette fois il y a mieux. Un petit génie de la protestation vient d’inventer un « Collectif des enseignants en résistance ». Rien de moins. Le mot Résistance est lâché. Il faut réactiver les réseaux d’aide aux fellagas, réveiller les consciences endormies, dénoncer Sarkozy comme propagateur des idées de Le Pen, bref… mettre la France en état de défense mais, où sont les Français ?
Les Français ? Mon cher camarade, ce qu’il en reste est de votre côté, du côté du devoir et de l’amour du drapeau. Les autres ? Il suffira toujours de leur ajouter quelques jours de vacances pour calmer leurs instincts guerriers.
Lucien RUTY
Capitaine de Frégate e.r