UN CHANT POUR LA LIBERTÉ DES PEUPLES

Publié le par Evelyne et Lucien RUTY

Hymne national des Français, « La Marseillaise » s’est

rapidement évadée des limites du pays qui l’a vu naître.     Composée en 1792 par le jeune capitaine Rouget de l’Isle qui lui donna le titre de « Chant de guerre pour l’Armée du Rhin », elle fut interprétée pour la première fois en public dans les salons du maire de Strasbourg au moment – où la France entrait en guerre – le 20 Avril 1792 - pour près de 23 ans contre les puissances de l’Europe.

        Il est vraisemblable que l’enthousiasme qu’elle suscita immédiatement soit dû au fait que, dans toute la France, des milliers de volontaires - le plus souvent des paysans – réunis par départements en Bataillons de Volontaires Nationaux, se joignirent à l’Armée régulière et marchèrent avec elle sur les frontières à la rencontre de l’ennemi. Mal vêtus, mal armés, inexpérimentés, commandés par des cadres qu’ils avaient élus, mais animés d’un patriotisme intransigeant, ces soldats d’un nouveau type allaient, après une courte et sanglante période d’échecs, étonner l’Europe en révolutionnant l’art de la guerre.

        Entraînés par des généraux de moins de 30 ans issus de leurs rangs et opposés à des troupes compassées  allant au combat derrière des généraux poudrés qui les faisaient monter au feu comme à la manœuvre, les Volontaires Nationaux chargeaient en masse, baïonnette au canon et souvent dans le plus grand désordre. Pratiquant d’instinct cette « furia francese » qui allait leur valoir les plus brillantes victoires, les soldats adoptèrent un chant de guerre qui se trouva être parfaitement adapté à leur forme de combat. Diffusé à travers la France par les troupes en mouvement, ce chant allait devenir « Le Chant des Marseillois » puis, plus simplement « La Marseillaise » parce qu’il semble qu’il ait été introduit à Paris par des Bataillons marseillais appelés en renfort pour défendre la capitale sur laquelle marchaient les Prussiens. A très peu près, notre hymne aurait pu être baptisé « La Brestoise » car, coiffés sur le poteau,  les Jacobins du Finistère arrivèrent à Paris en entonnant le même chant. Ce sont ces Bretons et ces Provençaux réunis qui, le 10 Août,  donnèrent l’assaut aux Tuileries défendues par les Suisses.

        Mais c’est le 20 Septembre 1792 que « La Marseillaise » entra vraiment dans l’Histoire de France quand, derrière les généraux Dumouriez et Kellermann, les troupes de l’Armée du Nord et celles de l’Armée des Ardennes, après une furieuse préparation d’artillerie,  piquèrent leur bicorne au bout des baïonnettes et  hurlant « La Marseillaise », marchèrent à l’ennemi qui se mit aussitôt en retraite. Témoin privilégié et peu suspect, le grand poète allemand Goethe, présent aux côtés du duc de Brunswick, écrira ces mots  immortels pour tout patriote français : « A Valmy, ce n’est pas l’artillerie française qui fit reculer les Prussiens. C’est la terrible « Marseillaise » . Avant d’ajouter : « De ce jour, de ce lieu, date une nouvelle ère de l’Histoire de l’Humanité »

        A Waterloo, au moment où la défaite se dessinait, l’Empereur demandant un ultime effort à ses soldats, ordonna : « Donnez-leur « La Marseillaise » ! Les témoins disent qu’alors on vit des blessés se dresser pour rejoindre leurs drapeaux et reprendre le combat. La terrible « Marseillaise » produisit encore une fois ses effets, mais, au terme de 23 ans de gloire, c’était le chant du cygne. On ne l’entendra plus jusqu’au jour où, drapée de tricolore, la liberté

reviendra.

        Les lignes qui précèdent m’ont été dictées par l’indignation qui me saisit, non seulement quand des petits cons profanent le drapeau et conspuent notre hymne, l’un et l’autre porteurs d’une gloire à laquelle leurs ancêtres n’ont sans doute aucune part, mais quand je découvre qu’ils ne sont pas forcément étrangers ou de souche étrangère et vivent à nos crochets. En outre, si j’ignore dans quelle garrigue leurs aïeux gardaient leurs chèvres, je sais parfaitement où les miens ont versé leur sang, leur sueur et leurs larmes pour la Patrie et j’enrage quand je vois avec quelle désinvolture des individus aux origines mal identifiées décident qu’il faut supprimer notre hymne, ou en changer telles paroles qui offusquent ces bonnes âmes pour lesquels seule « L’internationale » devrait avoir droit de cité… encore que on ne les voit jamais s’exciter contre « Le chant des partisans » dans lequel on légitime le meurtre de l’ennemi. Jamais à court d’idée fumeuse pour envoyer « La Marseillaise » aux oubliettes, certains, feignant d’ignorer que l’Europe n’existe pas décident de lui attribuer un hymne que j’imagine d’autant moins qu’aux derniers accords de Lisbonne  la décision fut prise d’en abandonner le projet. Et puis, quel torturé des méninges peut-il penser que le choral de la 9ème  de Beethoven - aussi génial soit-il mais plus adapté à un concert symphonique – pourrait remplacer un hymne destiné à être chanté baïonnette au canon ?

        Il y a quelques mois, le courrier des lecteurs d’une feuille de choux dont le contenu lui vaudrait normalement d’être assimilé à ces rouleaux de torche-Q que l’on trouve en grande surface, présentait les élucubrations d’un olibrius, pur produit d’une éducation nationale-machine à fabriquer des idiots adeptes du rap et riches d’un vocabulaire de 125 mots. Dans sa bafouille, ce triste individu, retraité de ladite machine, déclarait fièrement s’honorer de ce que, dans toute sa carrière, il s’était toujours abstenu d’apprendre « La Marseillaise » à ses élèves.

Heureux fonctionnaire que son patron – je veux dire l’Etat – n’ a jamais cru devoir mettre à pied pour les libertés que, manifestement, il prenait avec les programmes scolaires. A ce Monsieur qui présente son initiative comme un acte glorieux de liberté d’expression et dont je suppose que le seul risque qu’il ait jamais pris soit de se faire tomber un stylo-bille sur le pied, je déclare que je m’honorerais de lui cracher à la figure.

Et ce, non pas pour me faire plaisir – un coup de pied au cul ferait aussi bien l’affaire – mais :

-        en hommage au frêle étudiant  qui barrait la route à un blindé sur la place Tien-An-Men, pendant que d’autres chinois nasillaient « La Marseillaise » .

-        En hommage aussi, à ces milliers de Hongrois que l’Armée Rouge traita au char d’assaut pendant que sur fond de « Marseillaise » Radio Budapest appelait – bien entendu vainement – la France au secours.

-        En hommage encore à ces fusillés qui tombèrent « La Marseillaise » aux lèvres sous les balles  des Nazis .

-        En hommage enfin à tous ces anonymes, vains défenseurs de toutes les barricades qui tombèrent, en France et ailleurs, en chantant la sublime « Marseillaise ».

Alors, et pour finir je me permets un conseil : allez au Louvre ; plantez vous devant « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix et, si vous n’êtes pas tout à fait abruti, vous comprendrez ce que c’est que « La Marseillaise »

 

 

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