KOSOVO ! ET MAINTENANT A QUI LE TOUR ?

Publié le par Evelyne et Lucien RUTY

 
              Berceau chrétien de la nation serbe, revenu dans le giron originel en 1919 après 4 siècles d’occupation ottomane, le Kosovo est devenu une province serbe jouissant d’un statut particulier à cause du grand nombre de musulmans Albanais laissés par les Turcs (la même situation existait dans la province de Voîvodine peuplée de Hongrois). Sous la férule de Tito ni les uns ni les autres ne manifestèrent de velléité séparatiste. L’éclatement de la Yougoslavie rompit ce fragile équilibre . Ce pourrait ne pas nous concerner si la France ne jouait pas depuis le XIXème siècle le rôle de puissance tutélaire de la Serbie. En fait de protection due à un petit état allié et très francophile, la France s’est mise au service des Yankees pour mater les Kosovars qui voulaient défendre leur patrie en cours de submersion sous la vague islamique.
            Et, tout fiers de leur audace, nos gouvernants ont été les premiers à reconnaître un Kosovo indépendant édifié sur les terres volées aux Serbes. Après tout en 1938, à Munich, la France a trahi ses alliances ; en Indochine, elle a abandonné les montagnards laotiens et les catholiques du Tonkin, livrés aux bouchers du Viet-Minh, préfigurant ainsi la tragédie des Harkis ; en 1956, au Maroc, après avoir entraîné les tribus glaouas dans une rébellion contre Mohamed V, elle lâcha honteusement le pacha de Marrakech - le fameux Glaoui - qu’elle força à demander pardon et qui en mourut de honte ; en 1960, elle ne trouva rien de mieux que de distraire les avions de la Marine du pont aérien d’évacuation des victimes du tremblement de terre d’Agadir... et pourquoi ? pour transporter des troupes destinées à mater la révolte du caïd de Beni Mellal qui, drapeau français en tête, voulait soulever les Berbères.
            Sans doute parce que j’ai été impliqué dans la guerre civile libanaise, c’est l’addition de toutes nos lâchetés que j’ai le plus durement ressentie. Le « pays du cèdre », bien qu’il fût divisé en plusieurs courants politiques (chétiens, druzes, chiites, sunnites ) eux- mêmes subdivisés en une trentaine de tendances disposant d’autant de milices plus ou moins armées se référaient toujours à la France qu’ils appelaient « la mère du Liban ». Il y avait ceux qui, toutes tendances confondues, espéraient ouvertement que notre pays reprendrait le mandat que la Société des Nations lui avait confié pour amener la Syrie et le Liban, enlevés aux Turcs, à se constituer en états démocratiques. Il y en avait d’autres, surtout des citoyens ordinaires et les jeunes qui constituaient le gros des effectifs des milices qui déclaraient être prêts à tendre la main aux troupes françaises qui débarqueraient pour chasser du Liban les Israéliens et les Palestiniens. Les plus touchants étaient ces étudiants et ces miliciens qui demandaient comment ils pouvaient se faire recruter dans la Légion Etrangère dont ils savaient tous qu’un engagement de 5 ans leur vaudrait l’accès à la nationalité française. A tous ces fervents partisans de notre pays, je n’ai jamais osé dire que la France dont ils rêvaient n’existait plus et qu’elle n’était plus digne de leur amour. Mais il est certain que j’ai perdu au Liban - après des années de désillusions - le peu de fierté que j’avais conservé d’être un officier Français obstiné à servir une patrie à l’apogée de sa décadence.
            Le fait qu’une justice immanente ait toujours sanctionné l’hypocrisie et la déloyauté de nos politiques réveillera-t-il notre peuple et fera-t-il prendre conscience à nos gouvernants que des Kosovo sont en gestation sur le territoire national. En effet, les zones de non-droits et les villes où des quartiers entiers sont désertés par nos nationaux, prolifèrent. Au point que, dans certains cas, on pourrait déjà parler de Kosovo français. Faudra-t-il un jour comparer les Français aux Byzantins qui discutaient du sexe des anges pendant que les Turcs donnaient l’assaut à leurs remparts ? Ou bien à ces Grecs d’Ephèse surpris au théâtre lorsque les acteurs, voyant l’ennemi couronner les gradins, s’écrièrent « Ciel ! Les Perses ! »
 
 
 
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