L’EVENTAIL ET LA MINERVE (1)

Publié le par Evelyne et Lucien RUTY

                 Au début du XIXème siècle un lourd contentieux opposait la France et l’Empire Ottoman. Il se nourrissait des actes de piraterie commis par les barbaresques contre le commerce maritime des pays riverains de la Méditerranée et la capture d’esclaves tant en mer qu’à l’intérieur des terres. A cela, que nous partagions avec les Etats concernés, s’ajoutaient les séquelles de la Campagne d’Egypte conduite par Bonaparte à partir de laquelle, empêtrés dans des intrigues de sérail, la guerre d’indépendance menée par les Grecs et les révoltes de Mameluks, les Turcs virent s’accélérer la décadence de leur immense empire.
C’est le moment que choisit la France pour tenter de régler une vieille affaire de cargaison de blé algérien importé sous la Révolution dans un moment où, ses ports étant bloqués par les Anglais, notre pays était au bord de la famine. Chargé de représenter les intérêts français, notre consul à Alger sollicita une audience du gouverneur turc de l’Algérie. Cet important personnage, n’avait quelque autorité que dans la mesure où il ne s’ingérait pas dans les trafics des pirates et, vraisemblablement anesthésié au bakchich, se contentait de faire croire que la Sublime Porte représentait encore quelque chose aux yeux des Berbères, des Arabes et des Juifs qui peuplaient alors l’Algérie. Il faut croire que le marchandage tourna vite à l’aigre car le satrape, prolongeant son bras d’un éventail, en gifla le pauvre consul.
Cette peu diplomatique agression se produisit à une époque où l’Honneur tenait encore au coeur des Français et le roi Charles X, dont ce fut l’une des dernières décisions de son règne, ordonna l’expédition d’Alger, ignorant que ce coup d’éventail ouvrait une perspective de 132 ans de présence française en Algérie.
Pour ce monarque, qui allait être renversé peu de jours après le débarquement de nos troupes à Alger, la France aurait dû créer une décoration particulière, que l’on aurait pu baptiser « L’Ordre de l’Eventail », destinée à ceux, civils ou militaires, qui auraient défendu ou fait respecter l’Honneur Français. Je pense aux légionnaires de Camerone ; au général Marchand, héros de Fachoda ; à ces résistants qui choisirent la mort plutôt que de parler sous la torture ; aux vaincus de Dien-Bien-Phu et à ceux qui les rejoignirent alors que tout était perdu ; à ces soldats perdus qui résistèrent au lâche abandon d’une Algérie dont on leur avait ordonné la conservation et qui reçurent ensuite l’ordre de désarmer et d’abandonner leurs partisans même quand, comme les Harkis, ils portaient notre uniforme.
Osant une audacieuse rétroactivité, j’attribuerais bien la décoration à ce brave capitaine de bateau marchand qui se trouvait à quai à Lisbonne quand la nouvelle de l’exécution de Louis XVI parvint au Portugal. Instantanément le gouvernement avait ordonné l’arrestation de tous les Français présents dans le royaume. N’écoutant que son courage, le marin s’était alors rendu au palais royal, y avait rencontré un ministre auquel il avait annoncé que, si nos compatriotes n’étaient pas libérés, lui, de sa propre autorité, déclarerait la guerre au Portugal au nom de la République Française. Il est réconfortant de penser que la démarche de ce brave marin dont le bateau n’était même pas armé, avait peut-être un tant soit peu pesé dans la décision portugaise de relâcher les prisonniers. En tout cas, il avait, seul face à tout un peuple, défendu l’Honneur de sa Patrie... et avec quel panache !
 
CE QUI PRÉCÈDE CONCERNE L’HONNEUR TEL QU’ON LE PRATIQUE DE MOINS EN MOINS .
DEMAIN JE PROPOSERAI UNE DÉCORATION SANCTIONNANT LA BASSESSE TELLE QU’ON LA PRATIQUE DE PLUS EN PLUS.
 
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