Samedi 30 mai 2009

         Je me suis souvent demandé quel aurait été mon choix si, âgé de 20 ans, j’avais eu à choisir un camp dans cette terrible guerre civile de 1936 à 1939 au cours de laquelle les belligérants renouvelèrent entre eux les mêmes atrocités que celles que leurs ancêtres firent subir aux soldats de l’Empereur, de 1808 à 1813 . Avec le recul,  et  veillant à ne pas me laisser influencer par la littérature d’Hemingway, j’essayais de peser le pour et le contre de chaque camp. Ce ne fut pas très difficile tant les uns et les autres connurent des heures de succès militaires entachés de pratiques indéfendables que - au cri de « Viva la muerte ! »  ou de « arriba España » - ils ne cherchaient pas à cacher.  A mes yeux, la tragique défense de l’Alcazar de Tolède dans un scénario digne de Rome, ne pouvait pas excuser les exécutions sommaires et les charniers des franquistes. Mais, en face, les souffrances d’un peuple misérable et balloté d’un camp à l’autre et la gloire de Teruel de pouvaient excuser les aussi nombreuses exécutions et les massacres de prêtres et de religieux.

         Sûr de ne pas tout savoir, je comptais arbitrairement pour parts égales l’aide apportée aux uns par Hitler et Mussolini, comparée au renfort des Brigades Internationales du couple Staline/Trotzky et à l’armement qui leur venait de l’Est  Or, ces derniers n’hésitaient pas à se combattre      sous les yeux de leurs ennemis pour obéir à Moscou ou pour ne pas tomber sous sa férule, et cela augurait mal de ce que, si la guerre se terminait au bénéfice des Rouges, deviendrait l’Espagne , retombant peut-être dans un régime monarchique à bout de souffle, déchirée par une seconde guerre civile, livrée à l’anarchie des « POUM », et, surtout,  démembrée en combien d’entités au premier rang desquelles se distinguaient les riches provinces séparatistes de Catalogne et du  Pays Basque

         Pour moi qui avait toujours professé « la France avant les Français », je me trouvais devant un dilemme mais je convins que, si j’avais été Espagnol, j’aurais été avec ceux dont le cri de guerre était « Todo por la Patria »

         Et aujourd’hui, en France où je ne vois pas beaucoup d’Alcazar, je rougis à l’idée que notre peuple, émasculé par des décennies  de politique politicienne n’est plus capable de voir que Rome n’est plus dans Rome et que son avenir ne lui appartient plus.
         Au crépuscule de ma vie qui correspond avec le crépuscule de ma Patrie j’attends de savoir si un jour, pensant à cette France que des siècles ont patinée et couverte de gloire, j’aurai le loisir de ne pas crier en vain : « Vive la Nation ! »

Par Evelyne et Lucien RUTY - Publié dans : Articles
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